Cet été, pour celui ou celle qui serait revenu(e) d'une contrée lointaine où tout le monde est autiste, j'ai la chance d'aller fricoter avec la mer et le sable. Nous allons nous retrouver dans un havre de paresse totale, où les dieux Serviettes et Parasols règnent en maîtres. La débandade des maillots de bains va pouvoir commencer, je vais pouvoir commencer à amortir le mien (après deux ans, il était temps). La folie furieuse du bronzage, de la raquette de plage (Sofia sera ma première initiée, mouarf!), des lunettes glissant sur le nez, du sable dans les claquettes va s'en donner à coeur joie, et ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre.
Mais.
Ahaaaa! Parce qu'il y a un "mais"!!! (sinon, ce ne serait pas aussi drôle, hein)
La jeunesse de mes 19 ans n'empêche pas le fait de me comporter en mémère des années 20. Parce que la plage, le soleil, la mer, les jeux qui décoiffent c'est bien sympa, mais à MA manière et selon MA conception (idée de la grosse égoïste de tout à l'heure, vous suivez?).
Il y a donc des aspects sur lesquels il faudrait s'arrêter pour comprendre l'envers du décor de ce théâtre estival.
Cas n°1: la plage commence à se remplir. De notre côté, on a tout prévu à l'avance: parasol, serviettes, bouteilles, tongs, potes, délimitent notre zone d'action et d'étalement. Pas trop grand ni trop petit, juste ce qu'il faut. Mais voilà t'y pas que LE groupe le plus haï des vacanciers se la ramène: j'ai nommé la famille nombreuse. Bien évidemment, le meilleur endroit où se poser est bien sûr celui qui se trouve à 3 cm de nous, la plage n'étant pas assez grande, ça va de soi. Soupirs et grognements, voire morsures n'y changeront rien. Il faudra se coltiner la smala jusqu'à ce que les gosses soient épuisés. C'est à dire tard. Trop tard d'ailleurs pour éviter la réunion goûter, moment où tous les mioches se radinent en courant pour le plus grand bonheur de nos serviettes et de nos yeux.
Solution: feinter d'avoir la sclérose en plaque ou la lèpre. Faire l'amour comme des porcs devant eux. Mettre du cyanure dans les petits biscuits.
Cas n°2: Un peu de calme. Yahou. "Oh! Regardez ce petit bout de chou qui s'amuse avec son ballon! (yeux attendris, trémollos dans la voix) Rhôôô, c'est tout mimi!" Certes. Mais le voilà qui se rapproche dangereusement de nos serviettes. Et vlan! Le ballon dans la tête! Ricochet sur le sac et fin de course sur le sable qui nous éclabousse généreusement. D'un coup, on se trouve l'âme moins poétique, et le bout de chou, malgré des yeux de biche quémandant le retour du ballon (Ah non. Il piétine allègrement nos cheveux et le prend, genre la plage c'est son salon), devient une tronche de cake à baffer.
Solution: Etouffement dans le sable. Douves de sécurité autour des serviettes. Conseil d'aller jouer vers là-bas, le coin des pétasses qu'on ne peut pas piffer.
Cas n°3: Allez zou. Pause. Nos bronzages palissent à vue d'oeil. Etalées comme des larves, on savoure le contact de notre peau avec la serviette-c'est-doux-c'est-lavé-avec-Mir-laine. Agréable. Très. Sauf si les bouseux d'à côté évitaient d'agiter les leurs de façons hystérique, dans le sens du vent. Et vers nous.
Solution: Se frotter les yeux déjà. Et secouer nos serviettes. Bah oui, on est pas égoïstes: pourquoi ne pas faire partager ce merveilleux moment à tout le reste de la plage qui se trouve à notre gauche?
Cas n°4: Ouh didon! Finalement ce n'est pas si catastrophique que ça hein! Greenpeace n'aura pas à se bouger si on se noie, notre poids est suffisamment rationnel pour qu'on se débrouille seule. Et on en est fière. La semaine régime 100% jus de racine de pissenlit aura donc porté ses fruits. Qui l'eût cru? En train de crier à qui veut bien l'entendre que ce n'est pas le maillot de bain qui maigrit, mais bien nous qui avons la taille quasi parfaite, voilà ZE monstre qui arrive: eh ouais; pour elle, pas de régime jus de racine, pas de tortures devant la glace. Non. juste une démarche de top, un corps parrrrrrfait. En plus, son huile, elle ressort pas de sa peau, elle. Ses cheveux, elle les mouille comme elle veut, il reviennent à leur place.
Solution: Se transformer en fennec et s'enfouir sous le sable. Trouver une faille (bah bonne chance). Se dire que y'a pas le physique qui compte, hein (34°C, plage, maillot de bain. Comment ça s'appelle déjà? Ah oui: la mauvaise foi).
Cas n°5: Retour de baignade. Douche. Séchage. Etalage de crème solaire. Enjoy. Oui, mais là non. Le vent se lève, le sable vient se poser sur notre peau nickel. Des gosses crapahutent avec des seaux et des pelles non loin de là. Et surrrrrtout: notre sac n'est plus à portée de nos mains. Ben voyons. Alors on se relève, on le cherche, on revient, puis on s'accroupit pour prendrer un truc certainement inutile en de pareilles circonstances. Et c'est le drame. Sens de l'équilibre en mode néant oblige, on se retrouve donc les mains non pas sur la serviette, mais dans le sable. Et qui dit étalage de crème dans les minutes précédentes dit bonne chance pour enlever tous ces grains en deux coups de mains. Et puis, si l'ambiance foutage de gueule continue, pourquoi ne pas se remettre les quelques mèches de cheveux rebelles qu'on a devant nos yeux avec ces mêmes mains? Hahaha... allez, le pire n'est pas encore là. Parce que le seul bout de tissu envisageable là maintenant, c'est notre serviette. Et on envisage. En essuyant nos mains grasses ensablées à l'endroit où nous poserons notre corps dans quelques instants.
Solution: Taper vos potes (ça fait toujours du bien à défaut d'être inutile). Pleurer. Engager un larbin et acheter un transat. Aller au ski.
Cas n°6: La plage, on s'y baigne aussi. Mais pas n'importe comment (génétiquement parlant, on appelle ça la chiantise suprême). L'eau, on l'aborde d'une manière spéciale. Pas comme nos potes qui courent et se ramassent comme des morses tétraplégiques en rigolant comme des baleines, parce que c'est fou comme c'est super de risquer l'hydrocution! Non. Nous sortons d'une heure de bronzette. Alors gaffe. Un orteil après l'autre, on se mouillasse le tibia, la rotule, les hanches, le cou, la nuque, la pince à cheveux.... après 5 bonnes minutes à scruter l'environnement où notre corps s'abandonnera sous peu, on se décide enfiiin à risquer une entrée tranquille dans le bain géant. Bousillée en trois secondes par la bataille d'eau improvisée comment-c'est-que-c'est-bizarre à ce même moment par nos potes. On se tortille, on hurle à l'agression, que les mecs ils sont tous pareils, qu'on pourra jamais les éduquer. Mais heureusement, nos cheveux sont secs. Youuuuuuu..... ah non. Une vague nous prend sournoisement par derrière alors qu'on engueule tout ce qui porte un caleçon, tape contre nos reins, et là, phénomène étrange: la masse d'eau s'élève vers le haut en suivant notre colonne vertébrale. Assez haut pour atteindre nos cheveux. Et même notre visage, tiens. Les rires gras de nos comparses masculins nous font le choc d'une nuit de feu pascalienne: nous sommes des incomprises.
Solution: Se changer en phoque et faire des batailles avec les vagues (au point où on en est. Et c'est rigolo, tout compte fait). Préférer la tenue de plongée. Rester à maugréer sur notre serviette en endossant la figure de rabat-joie internationale.
Cas n°7: On a bien fait de ne pas manger trop lourd, hein copine? Sourires fiers, rengorgement compréhensible, vu qu'on est entourées de morfales qui cèdent à la tentation en une milliseconde. Mais. C'est quoi ça qui marche vers nous? Ca? Bah c'est le vendeur de chichis, pardi! Celui qui, toute notre enfance, a patiemment attendu que l'on négocie avec notre mère pour avoir des cacahouètes grillées ou ces magnifiques chichis. Celui après qui tous les gosses du périmètres couraient. La star quoi. Oui, mais aujourd'hui, c'est un has-been pour nous. Surtout lorsqu'on imagine son panier. Pas une trace de fruit. Du gras. Encore et toujours. Alors on fait nos sourdes. Copine nous parle des marées basses à Ouessant, on fait notre intéressée tout en priant que Monsieur Chichis passe en quatrième vitesse. Problème majeur: il ne passe pas, il s'arrête devant nous, assailli par les mioches. O rage. O désespoir. D'autant plus que copine nous donne un coup de poignard dans le dos: "Ouuuuuh! Ca fait longtemps que j'ai pas mangé de beignet didon!".
Solution: Manger des chichis. Draguer Monsieur Chichi, histoire de compenser notre achat tueur de ligne.
Cas n°8: Une aventure de Kika. Une entrée dans l'eau tout calme, pas d'hystériques à l'horizon, ni de vagues même. Keep cool. Quelques brasses, parce que l'eau c'est fait pour ça. Oooooh! Mais c'est génial! Y'a même des courants chauds didon! un sourire qui se fracasse contre un mur d'horreur: un courant chaud juste à la place d'une dame qui sort de l'eau, et qui d'ailleurs n'y est restée que 2 minutes. Alors les courants chauds, on évite. Ou alors à la rigueur dans le Pacifique.
Solution: Hurler de dégoût. Javeliser la mer. Trouver quelqu'un qui est tombé nez à nez avec bien pire, histoire de relativiser.
Bref, un été à la mer, c'est que du bonheur.... ou pas.